L’importance d’aller en profondeur dans une pratique pour avancer

Sarani-Yogasanteplus

Le plus bel exemple que les professeurs tels que Judith Lasater, François Raoult, Hervé Blondon, Richard Rosen et Thakur Uprety (Népal) m’ont laissé, c’est que plus on muri (grandi ou vieilli) dans une pratique, plus celle-ci se simplifie et s’approfondit.

J’ai eu l’occasion plusieurs fois quand j’enseignais mes cours de yoga d’expliquer aux élèves l’importance d’approfondir un style de yoga, une technique de méditation et même des exercices de respirations.

Pourquoi est-ce important d’approfondir sa pratique avec un style, une discipline?

Si on veut aller à l’intérieur de soi, se découvrir, il faut explorer au maximum une technique, un style, un exercice. Sauter d’un style à un autre, c’est rester dans la superficialité et on ne donne pas l’occasion à l’exercice de faire son effet au maximum. Le changement ou la transformation pour la plupart d’entre nous prend du temps et il faut du dévouement pour y parvenir.

Si vous lisez la biographie des maîtres comme Iyengar, Satyananda, Sivananda et autres, ils ont dévoué leur vie à leur pratique, à un style et ils sont devenus des autorités dans la matière parce qu’ils ont pris le temps de vivre les enseignements et les exercices. Si on veut du progrès, il faut pratiquer et connaître l’enseignement, un style dans toutes ses facettes. Cela me fait penser à la théorie des 10 000 heures que pour être bon et maîtriser une discipline il faut y avoir consacré toutes ces heures-là. Cela à l’air beaucoup, mais en réalité ce ne l’est pas.

Cette exploration permet de nous découvrir au maximum, de prendre conscience de nos modèles, de ce que nous devons travailler pour être heureux, de trouver notre place et de vivre au maximum. Travailler sur soi, demande beaucoup persévérance, bien sûr, il y aura des hauts et des bas, ce qui signifie que ce travail ne sera pas facile par moment puisqu’on est confrontés à nos côtés les plus sombres qu’on ne veut pas voir. Quand on saute d’une discipline à une autre, d’un style à un autre, on n’est pas trop confronté à ce côté obscur qui doit être travaillé. Bien sûr, rester dans la superficialité peut être très réconfortant, sécurisant et nous donner un sentiment d’évolution, on reste dans l’illusion (même si on n’enlèvera jamais au complet le voile). Mais, voilà qu’aller en profondeur c’est aller vers l’impermanence, le changement et l’équanimité.

Quand j’ai commencé ma pratique il y a 14 ans, je voulais aller vite, sauter d’un exercice à un autre, plus je faisais et plus je pensais que j’étais avancée. Quand la vie m’a donné le plus beau cadeau (la maladie), j’ai dû prendre le temps et arrêter. Oui, arrêter dans tous les sens du mot, même dans la pratique. J’ai commencé à comprendre c’était quoi de « ressentir », de laisser le corps « se déposer ». Comme je ne pouvais plus sauter d’un exercice à un autre parce que cela me fatiguait beaucoup, j’ai dû explorer les différentes facettes d’un exercice, d’une posture, etc. Petit exemple : quand j’ai commencé à pratiquer le pranayama, je faisais plusieurs exercices dans une séance et ceux-ci devenaient de plus en plus compliqués, je me sentais très fière, mais ça restait là. Ensuite, après la maladie, j’ai dû choisir un ou deux exercices par séances et je suis resté là pendant 20 min ou 30 min et j’explorais la longueur du souffle, sa texture, etc., et tranquillement j’ai commencé à expirer de plus en plus lentement, à découvrir des nouvelles facettes de moi, du souffle et de la vie. C’est un processus qui ne finit pas. Est-ce que c’est facile? Non, mais j’ai appris à me connaître un peu (je crois fortement que jusqu’à son dernier souffle on se découvrira toujours), des fois il y a des émotions et des pensés qui remontent et c’est correct puisque tout change, apparait et disparait.

On ne peut pas enseigner ce que nous n’avons pas expérimenté en profondeur, rien ne peut remplacer l’expérience que nous avons.

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